art sonore
Mon travail s’articule autour de deux axes principaux : la contemplation de paysages sonores et l’appréhension du temps. J’explore le son comme un espace d’attention, de perception et de transformation. À travers mes compositions, j’aime capter, revisiter ou créer de toutes pièces des environnements sonores, concrets ou abstraits, qui invitent à l’écoute, à la lenteur et à une forme de disponibilité.
Prendre le temps — le temps de contempler, de penser, d’être libre — constitue une part importante de ma démarche. Le temps dont il est ici question n’est pas seulement celui de la musique ou de l’écoute, mais celui, plus vaste, de l’expérience vécue. C’est une condition de liberté : pouvoir s’accorder du temps, c’est s’accorder la possibilité d’exister pleinement. Mon travail cherche à donner une place à cette notion primordiale, en proposant par le son et ses musiques un espace d’attention et de respiration.
Cette forme de contemplation est, me semble-t-il, ancestrale et intrinsèque à notre humanité. Déjà, face au feu, nos ancêtres prenaient le temps de regarder, d’écouter, de penser. Ce moment suspendu, à la fois collectif et intérieur, est peut-être l’une des premières expressions de notre liberté : celle de réfléchir, de ressentir, de simplement être. Cette capacité à contempler le monde constitue, selon moi, un fondement essentiel de notre humanité.
Certaines de mes principales inspirations peuvent se trouver chez Luc Ferrari, dont les Presque Rien m’ont ouvert à la poésie du réel et à la musicalité du quotidien, ou encore chez Éliane Radigue, dont la Trilogie de la Mort a profondément marqué ma perception du temps, du silence et de la lenteur. Ces artistes ont façonné ma relation à la durée, à l’infime, et à l’écoute comme expérience intérieure.
Mais au-delà de ces filiations, mon travail se nourrit de mes rencontres, de mes expériences et de mes parcours personnels. Ces influences multiples forment une matière vivante, faite d’écoute, d’improvisation et d’étonnement. Chaque projet s’envisage comme une découverte — une recherche ouverte où le son peut devenir à la fois trace, paysage et outil de liberté.
Ainsi, ma pratique vise à créer des parenthèses d’écoute qui invitent à ralentir, à percevoir le monde autrement, et à renouer avec cette liberté fondamentale qu’est le temps.
le Sonoscope
Le Sonoscope est un espace nomade dédié à l’écoute, accueillant jusqu’à six personnes pour une immersion sonore intime et contemplative. Mobile et accessible, il se déplace vers tous les publics — festivals, villages, écoles ou lieux isolés — favorisant la rencontre, l’attention et la découverte.
À la fois cabinet de curiosités, studio mobile et outil de médiation, il permet des écoutes collectives, la mise en valeur d’un territoire ou d’un patrimoine, des ateliers de création sonore ou l’expérimentation de nouveaux projets.
Installé dans une caravane Digue des années 1980, réinventée visuellement par le plasticien Thierry Villerey, le Sonoscope offre depuis 2019 une expérience poétique où l’on “entre dans le son”.
Théâtre de l’Ordinaire
En 2008, à l’occasion de la Fête de la Chicorée à Vieille-Église, j’ai rencontré Maxime Séchaud Dodang, futur metteur en scène du Théâtre de l’Ordinaire (Lille), qui m’invita à rejoindre l’aventure naissante de sa compagnie.
Pendant une dizaine d’années j’ai accompagné en musiques — et parfois en jeu — les comédiens et comédiennes de la compagnie. Nous avons tissé et renforcé nos liens avec la région d’Audruicq, dans le Pas-de-Calais, jusqu’à l’implantation de notre théâtre au sein de la grange de l’Écopôle de Vieille-Église. Parallèlement, nous avons porté des projets ambitieux tels que Le Jeu de Trois (France, Belgique, Croatie), On The Way To The Front (France, Hong Kong, Chine) ou encore Les Fusils de la Mère Carrar de Brecht, présenté au Festival Off d’Avignon en 2016, dans la sélection des Hauts-de-France.
En plus des créations musicales originales, j’ai réalisé pour la compagnie du collectage de paroles et de mémoires autour des habitant·e·s du territoire. C’est à ces occasions que j’ai pris goût au recueil de mots, de discussions, et que j’ai réalisé mes premières créations sonores.
collaborations
avec Audrey Dewet
Je connais Audrey depuis la fin des années 90. J’étais encore élève à l’ancienne école d’art de Calais où elle enseignait. Elle est plasticienne, et sa matière, c’est le textile.
C’est en 2017 que nous avons pour la première fois performé ensemble, lors du One Day Experiment #7 au Concept, à l’école d’art de Calais. Depuis, nous collaborons régulièrement et avons participé au GUYU Action International Performance Festival en 2018, à Xi’an et Shanghai.
Mon travail d’improvisation et de performance avec Audrey m’a permis d’expérimenter l’électroacoustique et le façonnage des matières sonores : je sculpte les sons qu’elle produit en lisant ou en performant.
avec Yukko Chan
Nous nous sommes rencontrés en 2015 dans le cadre du projet franco-hongkongais On The Way To The Front. Yukko est metteuse en scène, réalisatrice et conceptrice d’interfaces numériques.
J’ai réalisé pour elle la bande originale du clip The Mover en 2019 et la musique du spectacle The Battle of Mum, joué au Mexique en 2022.
les autres collaborations…
Au cours des vingt dernières années, j’ai aussi eu le privilège de collaborer, créer, improviser et performer avec d’autres artistes d’horizons variés.
En 2008, j’ai accompagné Thierry Rat à l’ancienne école d’art de Calais, sur les lectures Nous, pour le Printemps des Poètes, et Declin, au festival Les Cultur’Elles.
Au cours de l’été 2015, j’ai réalisé une performance de rue à Hong Kong aux côtés de la danseuse et performeuse Vinci Mok, ainsi que le comédien et musicien Man Lee.
L’année suivante, accompagné de Camille Dupond et Jacob Vouters nous avons joué le spectacle jeune public Le Miroir des Mondes, tiré des Contes Rebelles — Récits du Sous Commandant Marcos, mis en scène par Louise Wailly, de la compagnie Protéo (Lille).
En 2018, j’ai collaboré avec le réalisateur et metteur en scène Jacques Séchaud pour le spectacle Geôle adapté du livre éponyme de Claude Lucas, aux côtés de Maxime Séchaud Dodang et RED (Olivier Lambin), présenté à l’Aéronef de Lille, puis en 2019 au CDN de Besançon en partenariat avec La Rodia.
La même année, j’ai réalisé un montage sonore pour l’exposition Ombrelle et Tentacules de l’association Agitateurs Public, qui s’est tenue au Bateau Feu, scène nationale de Dunkerque.
Plus récemment, j’ai participé à des projets alliant lectures et musique avec la Communauté de Communes de la Région d’Audruicq: les podcasts C’est l’Heure de l’Histoire en 2020 et L’Histoire du Soir en 2023.
Cette année-là, j’ai également joué, en compagnie des comédiennes de l’association Toutes Nos Façons d’Être, Julie Leau et Audey Delemer, la lecture musicale Deux Fleurs En Hiver, pour le Salon du Livre d’Expression Populaire, dans l’Artois.
les formations
Trafic de Peaux
De 1995 à 1998, la première formation musicale dans laquelle j’ai joué.
« Sur le ruban continu du chant des cornemuses viennent s’incruster des éclats de percussions. Les musiciens croisent au petit point leurs univers sonores respectifs: mélodies travaillées dans l’épaisseur des sons de cornemuses, rythmes projetés sur le grain des peaux de percussions. Une rencontre se tisse alors, peu à peu, autour de répertoires traditionnels ou de créations qui invitent à l’écoute comme à la danse. »
En 1998, nous avons eu la chance de participer à l’album Écoute La Flandre, une compilation de chants et musiques traditionnels de Flandre française aux côtés, notamment, de Het Reuzekoor et Marieke En Bart.
Je découvrais mes premières expériences quasi professionnelles de scène, de studio et, entre bals, concerts et festivals folks, elles furent intenses et heureuses!
Chatters
De 2004 à 2007 s’est formé ce duo insolite avec Kevin Deregnaucourt. Lui à la basse et à la guitare, moi au chant, batterie, percussions, claviers, samples et j’en passe…
Nous définissions notre style comme « LoFi électroacoustique » et interprétions nos compositions, que je qualifierais plus volontiers aujourd’hui de « garage-folk-expérimental-LoFi »…!
Ce fut l’occasion pour moi d’écrire et chanter mes premières chansons, en anglais. Nous avons été jusqu’à remporter un tremplin de groupes locaux au Centre Culturel Gérard Philipe de Calais, en 2007, et avons réalisé ensuite un EP.
Avec Chatters, j’ai pu expérimenter joyeusement ma créativité musicale et commencer à me familiariser plus sérieusement avec les enregistrements et la musique assistée par ordinateur.
les autres formations…
Suite à mes débuts en groupe avec Trafic de Peaux, j’ai fait partie, de 1998 à 2017, d’une petite dizaine de formations aussi bien amatrices que professionnelles. Ces expériences ont été particulièrement enrichissantes : elles m’ont conduit des percussions afro-cubaines au latin jazz, en passant par la chanson française et les improvisations expérimentales. J’y ai découvert la création collective, mais surtout l’importance de l’écoute et de l’attention. Savoir trouver sa juste place au sein de l’ensemble.
